Le Jardin d’Eden · signé Frédéric Solo · les coulisses
Les coulisses de l’écriture
Le Jardin d’Eden est un roman de chasse au trésor. Des descendants de Templiers, un contrat avec le Saint-Siège, une quête de l’Écosse jusqu’aux rives de l’Euphrate. Tout ce qu’il faut pour tomber dans le cliché. Voici comment j’ai essayé de l’éviter.
Un trésor qui ne se compte pas
Le trésor des Templiers, on le connaît : des coffres d’or, des pierres précieuses, une cachette au fond d’une crypte. Je ne voulais pas écrire ce livre-là. Parler d’un trésor matériel, c’était passer à côté de ce que l’Ordre du Temple a vraiment laissé.
Car les Templiers ont apporté bien autre chose. Ils sont nés pour protéger les pèlerins sur les routes de Terre sainte, et ont fait de la sécurité des routes un métier. Un voyageur pouvait déposer son argent dans une commanderie et le retirer à l’autre bout de la Méditerranée, sur présentation d’un simple écrit : l’ancêtre du chèque de banque. On leur prête des découvertes, des savoirs rapportés d’Orient. Et ils portaient des valeurs spirituelles, une règle, une parole donnée, dans un monde de païens, de brutes et de voleurs.
Le vrai trésor du livre est de ce côté-là. Je ne vous dirai pas lequel : c’est la quête d’Aymeric et d’Alysson.
Beaucoup d’histoire, sans cours d’histoire
J’ai beaucoup travaillé l’histoire de l’Ordre : sa fondation par Hugues de Payns, ses commanderies, sa chute, la fuite de ceux qui ont échappé au bûcher. Le défi était de tout savoir, et de n’en donner que ce dont le récit a besoin.
Je suis allé aux sources. J’ai lu des pièces des procès des Templiers, conservées à la Bibliothèque nationale : les interrogatoires, les aveux arrachés, les rétractations. On y entend des hommes, pas des légendes. J’ai lu aussi des histoires des croisades, et surtout Les Croisades vues par les Arabes, d’Amin Maalouf. Lire l’autre rive, c’est s’interdire le récit des héros contre les infidèles. Le livre en avait besoin, lui qui finit sur les bords de l’Euphrate.
Un roman n’est pas un exposé. Le lecteur est venu pour une aventure : chaque fait historique doit faire avancer l’enquête, ou elle n’a rien à faire là. Alors l’histoire passe par Aymeric. Il la découvre dans les livres de son grand-père, la nuit, parce qu’il en a besoin pour comprendre ce qui lui arrive. Le lecteur l’apprend avec lui, au moment où elle sert.
La légende et l’histoire
Autour des Templiers, les légendes pullulent. On dit qu’ils savaient que la Terre était ronde, que leur flotte a quitté la France avec un trésor. Le roman en a besoin : c’est la matière du mystère. Mais il fallait que le lecteur sente où finit l’histoire et où commence la légende. Mes personnages disent « certains disent ». Ils ne mentent pas au lecteur.
La foi et la raison, à armes égales
Aymeric est ingénieur et refuse tout dogmatisme. Alysson est historienne, et profondément croyante. Le livre les fait chercher ensemble le Trésor de l’Unique et Vrai Dieu.
Le piège aurait été de donner raison à l’un des deux. Chacun devait avoir ses arguments, ses doutes, sa part de vérité. Leur lien naît de cet écart, et c’est lui qui les fait se dépasser.
La couverture
Elle a été dessinée par une amie graphiste. Elle avait du talent. Elle n’a pas pu en vivre, et elle s’est reconvertie, au Canada. Je pense à elle chaque fois qu’on me dit qu’une couverture, ça se fait en une soirée. J’en parle dans Une couverture qui se lit en vignette.
Ce que ce livre m’a appris
Que l’histoire vraie est souvent plus riche que la légende. Qu’un trésor peut être une idée, une valeur, une confiance, et rester un trésor qu’on poursuit. Et que tout ce qu’on apprend pour un roman ne doit pas finir dans le roman : c’est ce qu’on laisse dehors qui rend le reste solide.