Pourquoi j’ai quitté Librinova
Pour Mémoire écarlate, paru en juin 2024, je voulais être en librairie. Un livre publié sur Amazon n’y entre pas : les libraires ne commandent pas chez Amazon. J’ai donc fait appel à Librinova, qui a référencé le roman dans le réseau de distribution de Hachette.
1 392 euros, trois exemplaires
Entre avril 2024 et novembre 2025, sept commandes chez Librinova m’ont coûté en tout 1 392 euros. En librairie, Mémoire écarlate s’est vendu à 3 exemplaires. Près de 464 euros par livre vendu. Et ces trois exemplaires, ce n’est pas le réseau qui les a vendus : c’est moi, en allant démarcher deux librairies. Sur Amazon, dans le même temps et sans rien payer, il a trouvé plus de trois cents lecteurs.
Même vendu, un exemplaire en librairie ne me rapportait presque rien. Le livre y coûtait 21,90 euros, et il m’en revenait 1 euro. Sur Amazon, il coûte 19,90 euros, et il m’en revient 6. Le lecteur payait plus cher, et je touchais six fois moins.
Référencé n’est pas diffusé
J’ai compris trop tard la différence. Référencé, un livre figure au catalogue : un libraire peut le commander si un lecteur le lui demande, avec l’ISBN. Diffusé, un livre est présenté aux libraires par des représentants, qui le défendent et le font mettre en rayon ou sur une table. C’est la diffusion qui fait vendre.
Un libraire reçoit des centaines de nouveautés chaque mois. Il ne commande pas un roman dont personne ne lui a parlé, d’un auteur qu’il ne connaît pas.
Imprimé à la demande, donc jamais en rayon
Le second piège est moins connu. Le roman était imprimé à la demande : un exemplaire n’existe que lorsqu’il est commandé. Or une librairie vit d’un usage simple : elle peut renvoyer au distributeur les livres qu’elle n’a pas vendus. Un livre imprimé à la demande ne se retourne pas. Le commander pour sa table, c’est prendre le risque de garder les invendus. Alors le libraire ne le commande pas, sauf pour un client qui le réclame.
Être au catalogue de Hachette ne changeait donc rien pour lui. Les seuls exemplaires vendus l’ont été parce que je suis allé moi-même présenter mon roman à deux libraires.
De beaux avis que personne n’a lus
Le roman a aussi été lu par le comité de lecteurs de Librinova. Leurs avis étaient chaleureux, mais ils ne s’affichaient que dans mon espace d’auteur : aucun lecteur ne les a vus. Les voici donc, pour qu’ils servent enfin.
Mémoire écarlate a le don d’embarquer le lecteur dès les premières pages. Nous sommes plongés dans l’histoire de ce garçon prénommé Zach qui a perdu sa mère assassinée par son père, ce dernier ayant été interné à l’issue de son geste de folie.
lire la suite
Le jeune garçon qui fête ses 18 ans se demande encore comment il a survécu à cet enfer. Élevé par son oncle en face de la maison où s’est déroulé le drame, il semblerait qu’il marche sur les pas de son père ; Zach souffrant de troubles dissociatifs de l’identité, ses amis craignent pour lui et son avenir, redoutant qu’il termine à l’asile.
Ce roman entremêle une multitude de thématiques toutes aussi passionnantes les unes que les autres : entre psychologie, amour familial, quête de soi mais aussi amitié et recherche de la vérité. Les individus sont capables du meilleur comme du pire et cette histoire nous rappelle l’importance de l’humanité qui réside en chacun de nous malgré les épisodes de vie les plus douloureux que nous traversons.
Bien loin du genre fantastique auquel ce roman est associé, il est surtout question ici du leitmotiv de la mémoire, sa complexité et comment le personnage de Zach plonge à l’intérieur de lui-même pour se comprendre et dépasser ses zones d’ombre. La plume est fluide, les évènements s’imbriquent avec brio sans longueur et passage narratif superflu.
Mémoire écarlate est un bon roman. Zach est un personnage attachant que j’ai tout de suite apprécié.
lire la suite
J’ai pris le plaisir de le suivre ainsi que ses amis.
L’histoire est bien ficelée. L’écriture est fluide. Les chapitres sont courts ce qui rend l’ensemble dynamique. Il n’y a pas de temps morts, pas de longueurs et tout se tient bien, sans fausses notes.
C’est une bonne surprise !
Pourquoi je suis parti
Je ne dis pas que Librinova trompe ses auteurs. Je dis ce que ce service m’a rapporté : trois livres vendus pour 1 392 euros. Cet argent, je préfère le garder pour écrire et publier le suivant, et aller moi-même à la rencontre des lecteurs, en salon, en médiathèque ou en dédicace.
Avant de payer pour être en librairie
Si une offre de ce genre vous tente, voici les questions que je poserais aujourd’hui avant de signer :
- Qui ira présenter mon livre aux libraires ? Si personne ne le fait, il sera commandable, pas vendu.
- Le livre sera-t-il imprimé à la demande ? Si oui, un libraire pourra-t-il retourner les invendus ? Sinon, il ne le mettra pas en rayon.
- Combien d’exemplaires vendent en librairie, en moyenne, les auteurs qui ont pris cette offre ?
- Les avis des lecteurs du comité seront-ils visibles par le public, ou seulement par moi ?
- Que devient le livre, et son ISBN, si j’arrête le contrat ?
Et si la réponse à la première question est « personne », gardez votre argent. Mes chiffres, sans fard, sont sur la page Mes ventes.