Après le point final · leçon 1 sur 13
Qui est le client ?
Le manuscrit est fini. On veut être publié, et peu importe comment. C’est là qu’on se trompe.
Il y a plusieurs façons de devenir un livre. Elles se ressemblent de loin : une couverture, un ISBN, un prix. Une seule question les sépare vraiment. Qui est le client ?
Suivre l’argent
Quand quelqu’un propose de publier votre livre, demandez-vous d’où vient son argent. S’il vient des lecteurs, il a besoin que votre livre se vende. S’il vient de vous, il a déjà été payé.
Tout le reste découle de là : ce qu’on vous promet, ce qu’on fera pour vous, et la facilité avec laquelle on vous dit oui.
L’éditeur : le client, c’est le lecteur
Un éditeur, au sens plein, paie tout. La correction, la couverture, l’impression, les représentants qui iront voir les libraires. Il vous verse des droits sur chaque exemplaire vendu, souvent avec une avance. Il ne gagne de l’argent que si des lecteurs achètent.
C’est pour ça qu’il refuse presque tout. Quand XO Éditions a refusé mon premier manuscrit, en 2006, ce n’était pas seulement mon texte qu’on jugeait. C’était un pari. S’ils avaient dit oui, c’est leur argent qu’ils auraient risqué. J’ai raconté cette lettre.
Un refus d’éditeur fait mal. Mais c’est le refus de quelqu’un qui aurait payé pour vous.
Le compte d’auteur : le client, c’est vous
D’autres maisons vous demandent de payer la fabrication de votre livre. Elles disent oui très souvent. Elles trouvent votre texte prometteur, parfois remarquable. Puis arrive le devis.
Une fois le devis réglé, elles ont gagné. Que le livre se vende ou non ne change plus grand-chose pour elles. Méfiez-vous d’un éditeur qui vous admire et vous envoie une facture.
L’auto-édition : vous êtes l’éditeur
Vous publiez vous-même, sur Amazon par exemple. Personne ne vous dit non. Personne ne vous aide non plus. Vous gardez vos droits, et une part bien plus grande du prix : Mémoire écarlate coûte 19,90 euros sur Amazon, et il m’en revient 6.
Le client d’Amazon, c’est le lecteur. La plateforme ne gagne que si le livre se vend. Mais elle ne fera rien de particulier pour qu’il se vende. Ce travail-là, c’est le vôtre.
Entre les deux, les prestataires
Autour de l’auto-édition vivent des services : correction, couverture, mise en page, accès aux librairies. Beaucoup sont utiles. Mais leur client, c’est vous. Ils sont payés pour une prestation, pas pour un résultat.
J’ai payé 1 392 euros pour que Mémoire écarlate soit référencé en librairie. Il l’a été : le service a été rendu. Trois exemplaires se sont vendus, et c’est moi qui les ai vendus. J’avais confondu une prestation avec une promesse de ventes. Je raconte pourquoi j’ai quitté Librinova.
La question à poser
Avant de signer quoi que ce soit, posez une question simple : comment gagnez-vous de l’argent avec mon livre ?
Si la réponse est « avec vos ventes », lisez la suite du contrat avec attention : vous avez peut-être un partenaire. Si la réponse est « avec ce que vous nous payez », demandez exactement ce que vous achetez. Et surtout, ce que vous n’achetez pas.
Exercice
- Prenez chaque offre que vous avez reçue, ou que vous envisagez.
- Écrivez qui paie qui, et quand : avant la parution, ou à chaque exemplaire vendu.
- Calculez ce qui vous revient sur un exemplaire vendu.
- Divisez ce que vous payez d’avance par ce montant. C’est le nombre d’exemplaires qu’il faudra vendre pour rentrer dans vos frais.
- Comparez-le, honnêtement, à ce que vous pensez vendre.
Pour moi : 1 392 euros, à 1 euro l’exemplaire en librairie. Il aurait fallu en vendre 1 392. J’en ai vendu trois.
Aucune voie n’est mauvaise en soi. J’ai publié seul, j’ai payé un prestataire, j’ai frappé à la porte d’un éditeur. Mais sachez toujours qui est le client. Si ce n’est pas le lecteur, c’est vous.