Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Master Classe · leçon 12 sur 15

Obstacle ou difficulté ?

Pas de conflit, pas d’histoire. Tout le monde le sait. Ce qu’on sait moins, c’est que tous les conflits ne se valent pas.

Trois façons de bloquer un personnage

  • L’obstacle humain. Quelqu’un, avec sa propre volonté, s’oppose. C’est un duel. C’est le plus fort.
  • L’obstacle intérieur. La peur, le doute, la faille qui fait se saboter. Il oblige le personnage à se regarder.
  • La difficulté. Les circonstances. La météo, une panne, un train supprimé. Elle teste l’ingéniosité. Elle ne crée pas de tension durable.

Deux coups de téléphone

Dans Le poids d’un souffle, Gabriel appelle ses deux meilleurs amis un dimanche matin. Il veut qu’ils partent avec lui pour Bruxelles. Jeudi.

Lyra est tatoueuse. Elle a fermé le salon tard, elle a un planning chargé, une employée qu’elle n’a jamais laissée seule. « Putain. Quatre jours. Enfin, trois. » C’est une difficulté. Elle grogne, elle négocie, elle appelle Alexandra. Réglé en une conversation.

Thomas, lui, ne parle pas de son planning. Il parle d’Adam. « Si Adam voulait reprendre contact, il l’aurait fait, non ? » Il propose d’écrire plutôt. Il ne veut pas de cette confrontation. Il a vu « la même chose » que Gabriel, ce soir-là. Ça, c’est un obstacle. Une volonté contre une autre. Gabriel finit par crier : « Tu me protèges de quoi exactement ? » Thomas demande à réfléchir. Gabriel raccroche sans savoir s’il viendra.

La scène de Lyra est vivante, drôle. Celle de Thomas pèse. La différence ne tient pas au talent de l’écriture. Elle tient à ce qui résiste.

Les parents

Catherine et Claude ne sont pas méchants. Ils ont simplement décidé, il y a treize ans, de ne plus avoir de nouvelles. « Certains silences méritent qu’on les respecte. » Ils ne s’opposent pas au voyage. Ils s’opposent à ce que Gabriel cherche, sans le dire, en souriant, en citant Dieu. C’est un obstacle humain, et des plus solides : une volonté qui ne se présente pas comme telle.

Et la maladie ?

La mucoviscidose de Gabriel est une circonstance. En soi, une difficulté. Mais elle nourrit autre chose : la peur qu’on le quitte, la conviction qu’il n’a pas le temps. « Tu me protèges de quoi ? De vivre les derniers moments qui me restent comme je l’entends ? » La difficulté devient intérieure. C’est là qu’elle devient intéressante.

Une circonstance n’est faible que si elle reste une circonstance. Branchée sur la faille d’un personnage, elle change de nature.

Compter

Reprenez vos cartes. Pour chaque scène, demandez-vous ce qui résiste. Une personne ? Le personnage lui-même ? Ou seulement les choses ? Comptez les scènes de la troisième catégorie.

Si elles sont nombreuses, ne les supprimez pas. Cherchez, pour chacune, qui pourrait vouloir le contraire. La route est coupée ? Très bien. Mais qui a intérêt à ce qu’elle le reste ?

Une déviation dans Montpellier, des grues, un panneau orange : ça donne de la couleur à un départ. Ça ne fait pas une scène.

Exercice

  1. Classez dix de vos scènes : obstacle humain, obstacle intérieur, difficulté.
  2. Pour chaque difficulté, trouvez une personne qui pourrait s’y substituer ou s’y ajouter.
  3. Pour une difficulté que vous gardez, branchez-la sur la faille de votre personnage. Que réveille-t-elle en lui ?