Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Master Classe · leçon 6 sur 15

Désir, besoin, faille, talent

Un personnage tient en quatre lignes. Pas sa vie entière : son moteur. Ces quatre lignes, je les écris en tête de chaque fiche, avant tout le reste.

Le vocabulaire n’est pas de moi. Je le dois à Yves Lavandier et à La Dramaturgie, un livre que tout romancier devrait lire, même s’il parle surtout de théâtre et de cinéma.

Le désir : ce qu’il veut

Un but. Conscient, concret, qu’on peut se représenter. Pas « être heureux » : on ne filme pas le bonheur. Une adresse, un objet, une personne.

Gabriel veut retrouver Adam. Il a une photo, une lettre, et au dos, une adresse : Bruxelles. Le lecteur peut voir le but. Il peut mesurer à chaque page si Gabriel s’en approche ou s’en éloigne. C’est tout ce qu’on demande à un désir.

Le besoin : ce qui lui manque

Le besoin, lui, le personnage l’ignore. C’est une carence. Quelque chose qu’il n’a pas, qu’il ne sait pas qu’il n’a pas, et que l’histoire va lui faire découvrir. Ou pas.

Le désir fait avancer l’intrigue. Le besoin lui donne son sens. Et les deux ne se confondent jamais. Gabriel dit à Amandine : « Je dois le retrouver. J’en ai vraiment besoin. » Il emploie le mot. Il se trompe peut-être sur ce qu’il recouvre. Thomas, au téléphone, l’agace parce qu’il a l’air de savoir mieux que lui. Gabriel se demande d’ailleurs depuis quand tout le monde sait mieux que lui ce dont il a besoin.

Le vrai besoin de Gabriel, je ne vous le dirai pas. C’est le livre.

La faille : ce qui le fait trébucher

La faiblesse qui fabrique ses propres obstacles. Celle qui le fait se saboter au moment où tout allait bien.

Gabriel dîne avec Amandine. Elle a dit oui au voyage. Elle range la cuisine. Et lui bascule, d’un coup, du blanc au noir : « Tu vas t’enfuir avant la fin ? » Elle a raison de lui répondre qu’il lui fait mal et que c’est le but. Personne ne l’attaquait. Il s’est créé un obstacle tout seul.

La faille a presque toujours une origine : une blessure d’avant le livre. Un garçon de onze ans sur un canapé, son doudou contre lui, qui attend un frère qui ne rentre pas. On ne guérit pas de ça en grandissant. On le transporte.

Le talent : ce qui le sauve

L’outil avec lequel il se sort des situations. Ce pour quoi on vient le chercher.

Le plus intéressant, c’est quand le talent et la faille sont le même trait, vu de deux côtés. Thomas a « le besoin viscéral de garder le contrôle ». C’est lui qui redessine l’itinéraire, qui prend le volant, qui accepte de venir parce que « quelqu’un doit veiller » sur Gabriel. On vient le chercher pour ça. On le lui reproche pour la même raison. Lyra le dit en une réplique : « Monsieur je-prends-le-contrôle. »

Quatre cartes : le désir de Gabriel (retrouver Adam), son besoin (gardé secret), sa faille (« Tu vas t'enfuir avant la fin ? ») et le talent de Thomas (garder le contrôle), qui est aussi sa faille.
Le moteur et la route : quatre lignes qui se lisent seules.

Comment les trouver

Si vous avez fait l’exercice de la leçon précédente, vous les avez déjà. Le désir, c’est la question qu’il voulait qu’on lui pose. La faille, c’est ce qu’on lui reproche toujours, recoupé par la question qu’il ne voulait pas entendre. Le talent, c’est pour quoi on vient le chercher. Le besoin, c’est vous qui le nommez, dans l’écart entre la vie qu’il mène et celle dont il rêve.

Quatre lignes qui se lisent seules

Écrivez-les pour quelqu’un qui ne connaît pas l’histoire. Pas d’allusion, pas de « depuis ce qui s’est passé », pas de devinette. Nommez la personne, le fait, la chose. Si votre voisin ne peut pas répéter la ligne après l’avoir lue, réécrivez-la.

Exercice

  1. Pour votre personnage principal, écrivez les quatre lignes : désir, besoin, faille, talent.
  2. Vérifiez que le désir se voit. Si on ne peut pas le photographier, recommencez.
  3. Vérifiez que le besoin ne raconte aucun événement. Une carence, pas une scène.
  4. Cherchez un trait qui soit à la fois talent et faille.