Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Master Classe · leçon 9 sur 15

La scène qui se déplace seule

Une fois la fable écrite, je la découpe. En scènes. Pas en chapitres : les chapitres viendront plus tard, quand je choisirai l’ordre du livre. D’abord, les briques.

Ce qu’est une scène

Une unité de lieu, de temps et d’action. Un endroit, un moment continu, une chose qui se passe. Dès que le lieu change nettement, ou que le temps saute, c’est une autre scène.

Le premier chapitre du Poids d’un souffle en contient quatre. Le cimetière, à midi. L’appartement vidé d’Auguste, quelques jours plus tard. La visite chez les parents, le soir. La marche le long du Lez, en sortant. Quatre lieux, quatre moments. Je les ai séparés d’un blanc dans le texte. Mais je les avais séparés bien avant, sur des cartes.

Le test du déplacement

Quand j’hésite à couper, je fais un test. J’imagine qu’on glisse un chapitre entier entre les deux morceaux. Si l’un des deux devient incompréhensible sans l’autre, la coupe est fausse. Je recolle.

Gabriel trouve le coffre, l’ouvre, lit les cartes postales, tombe sur la photo d’Adam. On ne peut pas couper entre le coffre ouvert et la photo : on laisserait le lecteur au fond d’une penderie sans savoir pourquoi. Une seule scène.

Gabriel trouve la photo, puis va chez ses parents. Là, on peut glisser autre chose entre les deux. Un chapitre sur Amandine, sur Lyra, sur n’importe qui. Quand on revient chez les parents, la photo est dans sa poche, et on comprend. Deux scènes.

Une scène qu’on ne peut pas déplacer n’est pas une brique. C’est un morceau de brique.

Ce qui n’est pas une scène

  • Un résumé d’époque. « Pendant dix ans, il travaille à l’usine. » C’est du contexte, pas une scène.
  • Une explication. Le fonctionnement d’une maladie, l’histoire d’un village. Ça se documente à part.
  • Une habitude. Gabriel et Adam dormaient chez leur grand-père les mardis soir. Je n’invente pas un mardi précis. J’écris une seule scène, que je marque « scène-type » : c’est le mardi soir en général, tous les mardis à la fois.

Une carte par scène

Sur chaque carte, peu de choses. Un titre court. La date ou l’époque. Le lieu. Les personnages présents. Ce qui se passe, en trois lignes. Et ce qui me manque pour l’écrire : on y reviendra dans une autre leçon.

Les cartes sont rangées dans l’ordre de l’histoire. Pas encore dans celui du livre. Mais une fois que vous les avez, vous pouvez les étaler sur une table, les déplacer, essayer. C’est là que le roman commence à prendre forme.

Exercice

  1. Prenez une section de votre fable. Découpez-la en scènes : un lieu, un moment, une action.
  2. Pour chaque coupe, faites le test du déplacement. Recollez ce qui ne tient pas seul.
  3. Repérez les résumés et les habitudes. Transformez les habitudes en scènes-types.
  4. Faites une carte par scène.

Comptez vos cartes. Ce nombre vous dira plus sur la longueur de votre livre que n’importe quel plan.