Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Le poids d’un souffle · les premiers chapitres

Prologue

Le restaurant bourdonne d’éclats de voix et de rires, vibrant encore de l’effervescence du festival. Par les larges baies vitrées, les rues d’Avignon palpitent des derniers spectacles. Gabriel scrute la salle depuis quelques minutes.

La table du fond : il est bien là.

Adam plaisante. Il est exactement comme sur les affiches de l’école de théâtre. Même allure décontractée, même coupe de cheveux mi-longue, même sourire. Il rayonne, entouré de ses comédiens euphoriques.

Gabriel fronce les sourcils. Ses doigts se crispent sur les montants de son fauteuil roulant. Une chaleur étrange l’envahit tandis que ses mâchoires se déforment malgré lui. Il observe. Ne cille pas. Le serveur s’approche de la table d’Adam et se penche vers lui pour déposer discrètement l’objet que Gabriel lui a donné quelques instants plus tôt.

On m’a demandé de vous remettre ceci, dit-il.

Adam baisse les yeux, surpris. Il attrape l’objet machinalement ; un bracelet brésilien aux couleurs délavées.

Ses doigts se figent autour des fils effilochés. Son pouce en suit les nœuds défaits.

Treize ans qu’il ne l’avait pas vu.

Le passé surgit, le brouhaha autour de lui s’estompe alors que son sourire se dissout. Il inspire lentement, comme pour reprendre contenance, puis referme la main sur le bracelet avant de lever la tête.

Son regard traverse la salle et s’arrête net sur le visage de son petit frère immobile sous l’éclairage tamisé, près des fenêtres. Gabriel.

Adam déglutit. Son cœur cogne trop vite. Il garde les yeux ouverts, puis se force à cligner, comme si ce simple geste pouvait faire disparaître cette vision. Il l’observe : ses joues sont davantage creusées et ses traits plus durs, néanmoins, c’est bien lui.

Ses compagnons parlent fort, sans remarquer le trouble qui l’envahit.

Le bracelet toujours serré dans sa main, il quitte la table. Les autres poursuivent leur conversation, à peine perturbés par son départ. Derrière lui, une voix l’appelle, mais il ne se retourne pas. Il doit avancer. Sa démarche perd en fluidité malgré tout.

Gabriel, quant à lui, ne le lâche pas des yeux. Tout se mélange dans sa tête. Il ne sait plus quelle émotion domine. Il voit l’hésitation de son frère. Il devine son envie de faire demi-tour, pense qu’il pourrait bien s’enfuir comme avant.

Adam s’arrête à quelques pas. Il observe le fauteuil, puis remonte lentement jusqu’au visage de Gabriel.

Il ouvre la main et pose le bracelet sur la table qui les sépare.

Gabriel se redresse légèrement.

Tu vas encore partir ?

Adam soutient son regard. Il s’appuie des deux mains sur la nappe et se penche vers lui.

C’est quoi cette comédie ? Qu’est-ce que tu veux ?