Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Huit · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres

Chapitre 2 : Toulon, 20 juillet 2005, 17h50

Mourillon, Maison de Maggué.

La première étape consista à rassembler tous les cartons dans un coin et à ranger le reste pour qu’il y ait un peu d’espace pour circuler. Jérémy avait empilé du linge sur son lit. Les cartons béants avaient été scotchés ou remplacés. La canette de coca, à la poubelle, avec le verre brisé. Le courrier trié et rangé. Rachel avait passé le balai. Jérémy avait eu du mal à détacher ses yeux de la danse endiablée qu’avait menée son débardeur rouge. Elle avait roulé l’élastique de son corsaire pour libérer un bandeau de peau claire qui accentuait la cambrure de ses hanches avec une sensualité hypnotique. Jérémy avait été au ralenti pendant quelques instants, mais la pièce se présentait à présent dans une configuration normale pour un emménagement. Enfin, presque : encore aurait-il fallu qu’il y eût de la place dans les placards, dans les meubles ou encore sur les étagères. Tout était occupé par les souvenirs de famille qui semblaient enterrés là comme des fantômes du passé, des reliques incrustées, intouchables. Le temps semblait « pauser » avec cette photographie au verre brisé.

Rachel prit un peu de recul et tout lui parut tout à coup évident ; la photographie avait repris sa place. Comme si rien ne pouvait ébranler ce lieu, un espace-temps figé où tout reste constant, immuable. Cette maison s’apparente à un véritable musée ! Pas étonnant qu’il n’ait pas pu s’installer définitivement.

Nous prenons des cartons et nous vidons les placards de toutes ces vieilleries ! Es-tu d’accord ? dit-elle avec entrain.

Jérémy grimaça. Il redoutait depuis toujours de tourner la page de ce vieux livre poussiéreux. Surprise, angoisse, colère ? Il ne savait pas. Sa gorge se serra. Quelqu’un voulait ranger sa vie et allait beaucoup trop vite. Il s’était levé sans s’en rendre vraiment compte et faisait les cent pas au milieu de la pièce. Maman et Papa doivent rester ici, avec moi… Il la regarda un instant et ravala toute son appréhension. Rachel montrait un enthousiasme désarmant. Le naturel d’un enfant qui arrive à tout faire passer tellement il semble sincère et sans arrière-pensée. Elle aurait pu dire : « Allez, allez, ça va être génial, crois-moi ! Viens ! »

Non, pas comme ça. Je veux trier et ne pas tout enfermer dans le noir. Tu comprends ! Il avait pris une petite voix aigüe. Un peu comme celle d’un gosse qui a peur qu’on éteigne la veilleuse. Un de ceux qui craignent, dès la nuit tombée, que de grands yeux ensanglantés, monstrueux, viennent les surprendre pour les dévorer. Rachel le regardait avec tristesse. Son enthousiasme s’était déchiré. Je ne veux pas enfermer papa et maman, je veux qu’ils restent auprès de moi. Il piétinait sur place, les mains jointes comme un appel à la prière. Pas dans des cartons. Je souhaite les garder ici.

D’accord, comme tu le voudras. Je veux simplement t’aider. Corriger ce faux pas. Elle déballa un sourire immense, de grandes dents blanches bien rangées, et se redressa. Elle s’approcha puis lui murmura « Si tu veux en parler, n’hésite pas ». Elle effleura le coin des lèvres d’un léger souffle chaud. Le cœur de Jérémy explosa. Mon Dieu, elle a une odeur de vanille. Une gousse de vanille dans un tee-shirt rouge ultra sexy !

Il sourit.

Faux pas corrigé.