Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Huit · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres

Chapitre 4 : Toulon, 21 juillet 2005, 06h53

Mourillon, Maison de Maggué.

Alors qu’ils avaient improvisé une pause devant la télévision, l’idée de lui proposer la chambre d’ami pour la nuit lui avait effleuré l’esprit, mais il n’avait pas su aborder le sujet. Elle l’avait cependant devancé et s’était endormie sur le canapé. Respiration profonde, imperturbable, la tête enfoncée dans un coussin à fleurs, elle avait vraisemblablement décidé de dormir ici et lui avait ainsi évité ses maladresses habituelles.

Il l’avait portée dans la chambre d’ami, respirant discrètement le creux de son cou, puis il l’avait regardée quelques instants. Tel un ange sorti de nulle part, il lui semblait la connaître depuis toujours. Son visage, ses lèvres, ses yeux verts, et son débardeur rouge, l’avaient empêché de trouver le sommeil : Trois heures quarante-deux, la dernière heure affichée au réveil posé sur la table de nuit.

Il avait ouvert les yeux trois heures plus tard au son de la voix de Rachel qui était apparue dans l’encadrement de la porte pour lui demander s’il n’avait pas quelque chose à lui prêter pour qu’elle se change. Elle portait une serviette éponge couleur abricot, qu’elle avait enroulée autour de sa poitrine et qui descendait à mi-cuisse. Elle avait des jambes dignes d’une danseuse du Crazy Horse, le visage encore humide, les cheveux brillants, ébouriffés. Jamais, Jérémy n’avait mis autant de temps pour rechercher une réponse, une phrase, un mot. Sa tête dont le contenu avait certainement été aspiré par un trou noir sub-spatial était totalement inutilisable. Cette fille est une fée sortie tout droit d’un rêve… « Je, je, je …. Je, je… » je bégaie comme un imbécile…

Après avoir récupéré son cerveau, les trous noirs sont parfois généreux, il réussit à lui dire que dans la chambre d’amis, au pied de la penderie, il y avait quelques affaires de sport qui feraient certainement l’affaire. Elle s’était retournée gracieusement et Jérémy avait scanné ses deux longues jambes irréelles, sans perdre la moindre trame de données. Les fées n’ont pas besoin d’ailes.

Rachel avait trouvé un bas de survêtement bleu-marine, et un tee-shirt gris, taille seize ans, qui lui allait bien. Instinctivement, elle jeta un coup d’œil aux vêtements dans la penderie ; de vieilles fringues démodées, qu’elle faisait glisser de proche en proche sur la tringle. À l’évidence elles avaient appartenu à Mégane, cette beauté hors norme, que tenait Erik par la taille et qui semblait prendre toute la place sur la photographie, tellement elle attirait le regard. Quelques jupes droites, deux jeans pattes-d’éléphant, plusieurs chemisiers de couleurs variées, une longue robe blanche en voile, vaporeuse, avec de la dentelle fine au niveau du col et des épaules. Rachel décrocha le cintre, la plaqua contre sa poitrine et se regarda dans le miroir. Cette robe semblait venir d’un autre temps. Le temps des princesses et des bals dansants. Ai-je l’air d’une princesse ? Elle ne donna pas de réponse à cette question. Ses traits se tirèrent, elle se sentit mal à l’aise : Sur le col, une auréole brune délavée s’étalait jusqu’à l’épaule gauche. Du sang ? Une robe de princesse tachée de sang… Qu’est-ce que cela veut dire ? Elle raccrocha le cintre, puis l’esprit préoccupé, regagna la cuisine pour y préparer le petit-déjeuner.

Une robe de princesse tachée de sang…