Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Le Jardin d’Eden · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres

I-05

Un Renault Scénic blanc marqué des couleurs de la République, bloquait l’accès du cimetière. Deux personnes âgées portant à bout de bras une plante en pot imposante rejoignaient avec inquiétude leur voiture. Vraisemblablement, pour fermer les portes du cimetière, les évènements liés à la profanation du caveau étaient de taille. Aymeric redouta le pire. Ils se présentèrent à l’officier qui contrôla leur identité et leur donna accès à l’allée de cyprès centenaires. Il se dégageait une odeur nauséabonde indéfinissable. La gorge d’Aymeric se noua et son ventre sembla dur comme l’acier. Un pressentiment insoutenable lui prit les tripes à la limite du vomissement. Vous brûlerez tous dans les flammes de l’Enfer. Devant eux à une vingtaine de mètres, un attroupement d’hommes en uniforme les attendait à quelques pas d’un autre véhicule de police garé à proximité du caveau. Ils s’approchèrent… Liliane saisit le bras de son fils et sentit le sol se dérober sous ses pieds, ses yeux devinrent blancs. Elle perdit connaissance dans ses bras. Aymeric réussit tant bien que mal à lui éviter une chute traumatisante alors que des policiers se précipitaient pour lui porter assistance. Ils l’assirent sur un banc à l’écart des évènements.

Le corps d’Hugo avait été exhumé et le couvercle du cercueil jeté à quelques mètres. Sa dépouille était attachée avec des fils d’acier à une grille en fer qui avait rouillé sous l’effet de la chaleur. Hugo, raide, la peau noire et rongée par les flammes, avait été sorti de son cercueil pour être brûlé. Supplice que l’Inquisition faisait subir aux hérétiques, aux sorcières… aux chevaliers de l’Ordre du Temple.

Le nœud à sa gorge se libéra, un frisson accompagné de sueur le submergea. Aymeric vomit toute son horreur aux pieds de son grand-père. Il tomba à genoux devant lui et le regarda en pleurant. Pourquoi as-tu signé ce contrat ! il ne reste plus rien de toi. Que ce corps calciné. Voilà ce que tu me laisses pour mémoire ! « Qu’est-ce que vous attendez pour le détacher ! » s’écria-t-il avec colère. Un officier s’approcha et lui annonça qu’il devait suivre la procédure mais que le corps serait libéré de ses liens très rapidement.

Liliane hurla non loin et Aymeric comprit ; il se tourna vers le caveau. La pierre tombale, pour pouvoir être enlévée, avait été détruite, brisée avec acharnement en plusieurs morceaux. Les pourtours de l’accès étaient noircis de suie. Papa ? Ils ont aussi brûlé papa ! Il s’avança vers l’ouverture, traînant ses pieds au milieu des éclats de marbre rose et s’affala lourdement sur ses genoux. Il plongea son visage dans ses mains et ferma les yeux. Liliane sanglotait en répétant sans cesse le prénom de son époux, le prénom du père qu’Aymeric avait si peu connu. « Les auteurs ont inondé le caveau d’essence et y ont mis le feu. Rien n’a résisté à la fournaise qui régnait dans ce four. Tout a été réduit en cendres, je suis désolé » ajouta un officier avec sincérité. Alors que les autres restaient impassibles, Aymeric se renferma sur lui-même. Poussière, tu retourneras à la poussière et tu brûleras d’abord dans les flammes de l’Enfer… Mais son sang bouillait à l’idée de vengeance, à l’idée de justice. Il imposerait mille souffrances, mille tortures au moine inquisiteur et finirait par le crucifier tête en bas, puis le brûlerait sur sa croix en lui crachant au visage. Oui, c’était cela la justice de l’homme face à celle d’un soi-disant Dieu indifférent et méprisable. La religion ne lui avait jamais apporté la paix. La religion n’est autre qu’une secte qui prêche des mensonges au nom d’un Dieu illusoire et de son propre intérêt.