Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Le Jardin d’Eden · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres

I-06

Ces derniers jours avaient éprouvé le moral de Liliane et d’Aymeric. Le caveau remis en état, les corps avaient été incinérés au crématorium et leur cendre recueillie dans des urnes de porcelaine d’une rare beauté. Comme s’ils avaient eu besoin de s’excuser en leur offrant une dernière demeure digne de leur mémoire. Ces reliquaires avaient été disposés dans le caveau sur un socle de pierre taillée qu’un ami d’Hugo avait souhaité réaliser.

Aymeric avait conté à l’inspecteur chargé de l’enquête l’incident survenu la veille lorsque le moine inquisiteur avait surgi, proférant accusations et horreurs. Mais la description qu’il avait pu en donner était trop vague pour que la police lance un véritable avis de recherche. Ces types de criminels avaient la particularité d’être comme tout le monde : le jour, ils savaient se fondre dans la masse, puis quand ils le décidaient, ils parvenaient à se métamorphoser, à se couvrir d’une enveloppe qui les rendait totalement méconnaissables, même aux yeux de leurs proches.

Minuit avait sonné depuis quelque temps, Aymeric jetait un coup d’œil au classeur contenant les documents comptables de l’agence immobilière qui s’occupait de la gestion des biens de son grand-père en France. Il devait se rendre à l’évidence, il était devenu rentier et possédait une résidence secondaire en Ecosse. Bien que son travail d’ingénieur le passionnât, il avait décidé de lever le pied, et il avait posé un congé sans solde que sa hiérarchie avait accepté à contrecœur. Cette contrariété associée au stress et à la fatigue nerveuse, le maintenait éveillé jusqu’à des heures impossibles. À la différence de Liliane, il avait refusé de prendre pendant un certain temps des sédatifs, anxiolytiques ou autres antidépresseurs. Il s’en sortirait tout seul sans l’aide chimique de ces « cochonneries ». Son téléphone sonna. 00h35. Numéro inconnu.

Bertrand de Constance sourit lorsqu’Aymeric ouvrit la porte. Ils se dirigèrent en silence dans le salon ou Aymeric le somma sans détour de lui donner l’identité du moine cistercien. « Cela ne vous servira à rien. Ils ont fondé un groupe basé sur les anciens principes de l’Inquisition. Ils sont plusieurs centaines de par le monde. N’importe lequel d’entre eux peut être l’auteur de cette profanation. Ils savent se trouver des alibis… et n’hésitent pas à prendre la place d’un autre pour que les peines soient de très courte durée. Ils partagent… Regardez vers l’avenir, Aymeric. Oubliez cette histoire de caveau, de moine inquisiteur. Les flammes de l’Enfer ne sont pas celles que vous croyez. Elles ne consument pas les corps mais les âmes. Les âmes de vos ancêtres… Reprenez à votre charge cette quête. Sauvez-les réellement. Dieu est sage et miséricordieux. C’est l’Ordre du Temple qui a demandé la signature de ce contrat à tous les chevaliers. L’ordre avait failli dans sa tâche. Ne vous êtes-vous pas demandé pourquoi l’Eglise avait accepté le chantage des neuf chevaliers fondateurs ? [Silence] Le monde était constitué de païens qui idolâtraient des statues et pratiquaient d’anciens cultes celtiques. Les neuf chevaliers, appuyés par l’abbé de Clairvaux, un Saint, proposèrent à l’Eglise encore trop peu présente de s’implanter davantage. L’Eglise avait besoin d’eux »

Comment ?

Par une guerre juste en Orient : les croisades, une campagne publicitaire énorme pour l’époque. Et par un encadrement ainsi qu’un endoctrinement de la population en Occident… Par la construction de ces merveilleux monuments tournés vers les cieux. Grâce à eux l’Eglise du Christ a éclairé l’humanité ! Philippe Le Bel est le véritable auteur de la persécution des chevaliers. Les moines chevaliers étaient justes, pas tous les templiers, c’est vrai, mais la foi des moines combattants du Christ était véritable et profonde. Ils se sont sacrifiés pour elle et n’ont pas hésité à impliquer leur descendance, car ils avaient failli en perdant le bien le plus précieux de Dieu : Cette Troisième Table de la Loi… Ce n’est pas Dieu qui les a punis. Ils se sont imposé leur rédemption. Nous ne faisons que les aider à exaucer leur dernier vœu. À appliquer un des commandements de Dieu rédigé en ces termes sur les tables originelles : « et qui fait miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui M’aiment et qui gardent Mes commandements ». Commencez-vous à comprendre, jeune homme…

Je ne sais plus quoi croire ou quoi dire ! Cette dimension spirituelle ne m’intéresse pas…

Alors, suivez le chemin de ces grands hommes pour leur honneur. Nous avons tenu le même discours à votre grand-père, et à votre père. Ils avaient compris quel était leur devoir. C’est aussi le vôtre. Pensez aux espoirs qu’ils ont placés en vous, ajouta Bertrand de Constance en faisant glisser sur la table basse le contrat sur lequel un stylo avait été posé.

Aymeric feuilleta le document et saisit le stylo. Il fixa longuement Bertrand de Constance comme pour lire dans son esprit et ajouta son nom, son prénom, la date du jour en dessous de celle de son père, puis d’un mouvement vif signa. Rien à perdre. C’est pour vous. Dieu n’existe pas… L’homme d’église se leva, saisit le contrat et l’enfouit dans sa sacoche. Il en sortit deux autres liasses de feuilles de papier.

Voici un double de ce contrat et une copie du journal du moine pèlerin qui partit aux côtés des neuf chevaliers avant la fondation de l’Ordre. Il est la preuve de l’existence de la Troisième Tablette. À vous de l’utiliser à bon escient. Evidemment, il est écrit en latin. Reprenez les recherches de votre grand-père et sauvez vos ancêtres.

Bertrand de Constance referma sa sacoche et disparut comme il était venu, laissant Aymeric plongé dans ses pensées, le journal entre les mains. « Je vous offre le stylo », dit-il en fermant la porte d’entrée.

Aymeric sursauta. Il regarda le stylo échoué sur la table, puis continua de feuilleter l’ouvrage. C’était un manuscrit décoré comme les livres du moyen âge. Une belle écriture couchée aux côtés de pages illustrées de symboles et de fresques aux couleurs vives et éloquentes. Il lui faudrait un certain temps pour le traduire. L’Ecosse… Pourquoi pas ? Partir, prendre un peu de recul. Fuir un peu cette tristesse…