Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Le Jardin d’Eden · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres

II-02

Aymeric enfila rapidement une chemise et un pantalon. Une voiture venait d’entrer dans la propriété et s’était arrêtée à quelques pas derrière la Jaguar. De sa fenêtre, il aperçut une silhouette féminine rejoindre le palier. Le son métallique du loquet s’exprima puis un léger grincement de gonds monta jusqu’à l’étage. Il se précipita hors de la chambre, débraillé, sans avoir pris le temps de mettre ses chaussures. « Hugo ? Coucou… C’est Alysson, je peux entrer ? lança une voix de jeune-femme. »

Aymeric apparut, en haut des escaliers et s’arrêta à sa vue. Elle devait avoir son âge, une trentaine d’années. Une longue chevelure rousse auburn attachée en une queue de cheval qui lui tombait sur l’épaule. Mince et élégante, elle était vêtue d’un tailleur clair, un fin col roulé de laine dans les tons orangés. Elle ne put cacher sa surprise et resta sans voix. « En effet, je ne suis pas Hugo conclut-il pour détendre l’atmosphère. Je suis son petit fils, Aymeric. » Il descendit les marches pour la rejoindre.

Excusez-moi, je me nomme Alysson. Votre grand-père me connait depuis que je suis toute petite. Lorsque j’ai aperçu sa voiture garée dans l’allée, je n’ai pas su résister à l’envie de venir lui dire bonjour…

Je ne sais pas l’affection que vous portez à mon grand-père, mais je dois vous dire qu’il est décédé il y a quelques semaines dans un accident de voiture. J’ai hérité de cette maison… et de bien plus encore…

Alysson s’appuya d’une main sur le mur de chaux blanche. Sa peau claire, presque laiteuse, devint translucide. Des larmes s’échappèrent sans retenue. Aymeric la conduisit dans le salon, ou elle s’assit mollement sur le canapé. Et moi qui voulais me changer les idées… Je vais devoir encore parler de la mort. De toi papi, et de tout le reste… Deux grands yeux noisette humides se cachaient derrière de petites lunettes ovales aux fines montures argentées. Elle étouffa un nouveau sanglot, ôta ses lunettes, puis sortit de sa poche un mouchoir qu’elle appliqua sur le coin des yeux.

Pour tout vous dire, Hugo m’a vu grandir. Je le voyais souvent l’été au bord du lac où nous passions des journées entières à pêcher. Il aimait bien me parler de vous, de son petit prince… C’est bien comme cela qu’il vous appelait, n’est-ce pas ?

je n’ai pas entendu ce surnom depuis une éternité, répliqua Aymeric avec tristesse. Pourquoi m’infliges-tu cela ?

Elle sourit, rangea le mouchoir humide dans sa poche, puis devint grave à nouveau et lui demanda s’il y avait eu une cérémonie. Aymeric lui conta les évènements. Alysson l’écouta attentivement sans mot. Elle ne sembla pas surprise, simplement affligée, plutôt en colère. « Ils ne nous lâcheront jamais ! » murmura-t-elle en ressortant le mouchoir de sa poche. Aucun répit, les erreurs du passé auront raison de nous… « Vous êtes venu sur place pour poursuivre le travail de votre lignée ? » Dites oui… Aymeric acquiesça d’un mouvement de tête timide. « Alors je suis heureuse de vous dire que nous allons travailler ensemble. Je suis la dernière de ma lignée et me suis engagée dans la quête à l’âge de douze ans. Avez-vous pris ses notes ? »

Ses notes ? J’ai été mis au courant de cette histoire, il y a seulement quelques jours et je ne savais pas que mon grand-père était propriétaire de cette maison, ni que j’étais un descendant d’une lignée de Templiers. J’ai signé ce maudit contrat avant-hier.

Quelques jours seulement ! Mais ce n’est pas possible… Hugo ne vous a pas transmis son savoir ?

Quel savoir ?

Le savoir de votre lignée, enfin ! Celui que tous les descendants se transmettent de père en fils depuis le commencement ! Depuis la première signature…

Mon grand-père ne m’a jamais rien dit… et mon père est mort quand j’avais six ans. Quant à ma sentinelle, elle l’a vaguement évoqué et je n’ai rien trouvé en France.

Dites-moi que vous plaisantez ! reprit Alysson les mains tremblantes.

Aymeric la regarda avec sincérité. Elle se leva alors pour faire les cents pas devant lui en marmonnant en anglais des phrases incompréhensibles puis s’immobilisa.

Très bien, nous allons devoir tout reprendre du début ! Demain huit heures, pour le petit-déjeuner ! lança-t-elle avec fermeté.

Elle le laissa en plan devant la cheminée, sans lui laisser le temps de réagir et disparut. Aymeric entendit la porte se refermer. Quelle curieuse jeune femme. Il se leva pour embraser le bois sec que son grand-père avait préparé dans l’âtre certainement en pensant revenir cet hiver… L’allumette crépita de joie et les brindilles l’accompagnèrent.