Frédéric Barozzi Auteur

Écrit aussi sous le nom de Frédéric Solo

Mémoire écarlate · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres

Chapitre 4 : Manon

Illustration du chapitre 4 : Manon

La maison de Zack vient de reprendre vie. Sans lui. Nous lui avons interdit l’accès et je suis passée prendre les clés chez Gus. Skater sur cette route demande de l’adresse. C’est très technique. Elle est farcie de trous et de gravillons. Les autres nous ont rejoints avec le père d’Aloa dans son pick-up chargé de tout le nécessaire.

Un plein de lumière. Une odeur d’excitation. Quelques rais de poussière dans lesquels Hugo et Samba s’agitent depuis des heures. La maison respire enfin. Avec Aloa, nous nous occupons de la décoration. Des guirlandes dignes d’une fête américaine. Boules colorées. Et « Joyeux Anniversaire » inscrit en lettres dorées sur une banderole psychédélique. On s’approche d’eux. Ils se sont réfugiés dans un angle du salon où ils installent la musique.

Alors, les gars, c’est terminé ou on appelle des renforts, leur dis-je.

Trop drôle, fillette. Et vous, vous avez fini la déco ? répond Hugo.

Je fronce les sourcils. Il sait que je déteste qu’on m’appelle fillette. Je porte les cheveux courts, j’aime le skate, les fringues de mec, et alors ? Samba, sous la sono, déplie son corps longiligne et se redresse devant nous. C’est le portrait de sa sœur qui étudie au MIT et le seul noir que je connaisse, qui préfère les écrans aux salles de sport. Il ajuste ses lunettes et s’adresse à Hugo.

C’est un vrai sac de nœuds ton matos.

Bin, le sac de nœuds, tu sais ce qu’il te dit. Quatre fils à brancher, ce n’est pas sorcier quand même.

Aloa avance d’un pas et prend à nouveau cette posture solennelle.

Avez-vous besoin de nous, les fillettes, pour que cela fonctionne ? Je peux vous aider, si vous le souhaitez, leur dit-elle.

Elle me lâche un clin d’œil et s’impose pour attendre une réponse.

C’est bon, pas la peine. On s’en occupe, affirme Hugo.

Plus jeune, il nous tirait la langue. Samba disparaît sous la sono. Nous allons poser les dernières lumières au-dessus de la porte d’entrée. Aloa monte sur une chaise pour accrocher le spot à la petite tringle dont le rideau à carreaux bleu et blanc masque le vasistas.

Tu crois que ça va aller pour Zack ? me demande-t-elle.

Je ne sais pas. Il parle peu de cette maison, mais j’ai l’impression qu’il y a été heureux.

Je lui tends un fil de fer qu’elle entortille autour de la tringle.

Il faut juste qu’il s’en souvienne alors.

C’est ça, il faut juste qu’il s’en souvienne. Seulement, évitons le rouge dans ce secteur. Je crois que sa mère est morte sous tes pieds.

Quoi ? Tu aurais pu me le dire avant.

Elle lâche aussitôt le spot qui oscille à l’extrémité du fil, descend de la chaise et contemple le sol tout en reculant. Elle grimace puis me jette un regard de réprobation. Je m’approche, elle fait un pas en arrière, sa main en opposition. J’ai un peu cassé l’ambiance.

Soudain, Hugo et Samba se précipitent pour fermer les volets. Le soleil disparaît dans un vacarme grinçant. Les basses d’une musique électro explosent et toute la pièce clignote au rythme des beats endiablés.