Mémoire écarlate · signé Frédéric Solo · les premiers chapitres
Chapitre 5 : Zack
Le thème de la soirée : blanc. Le seul secret dévoilé avec une obligation de synchronisation de nos montres. Samba a imposé 19h30, pas une minute de plus ou de moins. Avec cette contrainte en tête, je me dirige vers le pick-up et m’installe au volant. L’habitacle dégage une légère odeur de cuir usé par le soleil et le froid. Ma boule de poils accrochée au rétroviseur se balance à la lumière du plafonnier. Je l’ai placée là quand j’avais 10 ans, au départ d’une randonnée dans les montagnes de plusieurs jours avec mon oncle. Nous avons vraiment passé de bons moments en bivouac. La nature m’apporte une paix intérieure et une sensation de liberté. Un tout indispensable à la pratique de l’escalade que je partage tant bien que mal avec Hugo. En effet, il déclare souvent forfait et m’oblige à partir en solo. Ce n’est pas très prudent. Cependant, je planifie avec précision toutes mes sorties et je dispose d’une balise de détresse. Il n’y a aucun argument contre l’avis impitoyable du garde forestier qui m’a élevé depuis l’âge de cinq ans. Il a confiance et je ne suis pas une tête brûlée comme Hugo. J’aime le côté technique. Lui, c’est le bourrin de la bande. Tout en force, et s’il peut passer sans les pieds c’est encore mieux.
La maison de mon enfance se dessine au loin et projette de la lumière au-dehors. On se croirait dans une série américaine et je n’apprécie pas vraiment les surprises. Je pense qu’ils sont plus enthousiastes que moi. Surtout Manon, toujours dans l’excès. J’adore son sourire, ses cheveux en bataille et son déodorant femme-active. Elle m’épuise parfois, néanmoins elle offre beaucoup d’énergie à l’ensemble du groupe. C’est une révoltée à la campagne qui rêve de s’enfuir à l’étranger pour ses études. Elle ne sait pas dans quelle école supérieure elle ira, toutefois elle quittera la ferme de ses parents, c’est certain. Elle ne supporte pas la vie à Pierreval.
Je démarre et avance lentement. Les herbes caressent le châssis, elles s’effacent telles des vagues sous la coque d’un bateau. Des sauterelles bondissent dans le faisceau des phares. Je navigue sur le chenal d’une mer blonde.
La maison se rapproche.
À moins d’une centaine de mètres, trois silhouettes filent dans l’allée au milieu des voitures et des deux-roues stationnés. Elles disparaissent à l’intérieur avant que la lumière ne s’éteigne brusquement.
Les fêtes, ce n’est pas mon truc.